pages suivantes >> 2 - 3
Orfeo canta
a Alfonso Sola González y Mignon Maturo
I
Bello don que muy pocos escuchan
en el bullicio de la feria,
la música desciende de los cielos.
Un niño vagabundea junto al río
abrazado a un pequeño violín,
lejos, en Paraná.
Los jacarandaes azules se deshacen
y gimen suavemente los sauces
tocados por la dulce tristeza de existir.
Miro al niño sentado en la barranca alta.
Grises brillan sus ojos bajo la gorra gris
mientras sonríe apenas
persiguiendo los pasos de una paloma esquiva.
Lentamente se yergue en su ropa de domingo
y empieza a despedirse de las islas doradas,
del río rumoroso,
del rito de la tarde.
Vuelve por la avenida sombreada y es feliz
porque sus ojos han recibido la luz
y su frente ha sido castigada, una vez más,
por la Belleza.
El viento mueve los rubios cabellos
del elegido
y entre las hojas húmedas
se abre paso el chistido fugaz de los pájaros.
Sobre el Paraná majestuoso
ruedan los barcos de naranjas.
Orphée chante
à Alfonso Sola González et Mignon Maturo
I
Don précieux que peu de gens écoutent
dans la clameur du marché,
la musique descend des cieux.
Un enfant vagabonde au bord du fleuve
serrant dans ses bras un petit violon,
loin, à Paraná.
Les jacarandas bleus se défont
et tendrement gémissent les saules
touchés par la douce tristesse d’exister.
Je regarde l’enfant assis au bord du ravin.
Brillent ses yeux gris sous la casquette grise
tandis qu’il sourit à peine
en poursuivant les pas d’une colombe esquive.
Lentement il se redresse dans ses vêtements du dimanche
et commence à dire adieu aux îles dorées,
au fleuve bourdonnant,
au rite du soir.
Il revient par l’avenue ombragée et il est heureux
parce que ses yeux ont reçu la lumière
et son front a été châtié, encore une fois,
par la Beauté.
Le vent remue les cheveux blonds
de l’élu
et entre les feuilles humides
se profile le sifflement fugace des oiseaux.
Sur le Paraná majestueux
roulent les bateaux d’oranges.
Graciela MATURO
extraits de SANTA FE Huit poètes argentins / Ocho poetas argentinos
Hablando de muchas personas a la vez
Te sientas frente a la taza de café
y piensas que nadie vendrá,
que nadie te dará nada
–es decir–
nadie dará nada por ti.
Y sientes un malestar.
Es que estás sentado a esa mesa
para ofrecer lo tuyo
pero no hay nadie frente a ti, nadie ha venido
para entregar lo que tienes,
y sin embargo esperas
y bebes el café
–es decir–
piensas en ese alguien que no te traerá nada
y a quien tú quieres darle algo.
Bebiste una taza más de café,
has dejado de pensar
–quiero decir–
estiraste hasta el hartazgo la soga de la esperanza.
En parlant de plusieurs personnes à la fois
Tu t'assois face à la tasse de café
et tu penses que personne ne viendra,
que personne ne te donnera rien
– c'est-à-dire –
personne ne donnera rien pour toi.
Et tu ressens un malaise.
En fait tu es assis à cette table
pour offrir ce qui t'appartient
mais il n'y a personne face à toi, personne n'est venu
pour que tu livres ce que tu as,
et cependant tu attends
et tu bois le café
– c'est-à-dire –
tu penses à cet autre qui ne t'apportera rien
et à qui tu veux donner quelque chose.
Tu as bu une autre tasse de café,
tu as cessé de penser
– je veux dire –
tu as tiré jusqu'à l'épuisement la corde de l'espérance.
Enrique Diego GALLEGO
extraits de SANTA FE Huit poètes argentins / Ocho poetas argentinos
pages suivantes >> 2 - 3
|